Mardi 30 décembre 2008
J'ai mon amour de dix-huit heures trois. Cinq jour par semaine, ceux de semaine. Je retourne à l'ouvrage, elle le quitte juste et on s'aime: un
peu à l'arrache, sur une distance de 40 mètres. Je ne sais rien d'autre que ça: elle déboule de la droite par la grille du centre de formation au niveau du 365. J'arrive toujours par le dessous de
la passerelle que je ne peut éviter de ne pas regarder. Quelque chose d'autre m'abrite surement du soleil qui ne décline pas. Le soleil ici tombe à dix-neuf-heures et on ne le revoit plus. Cela
nous laisse de la marge pour le croisement. Tête baissée aujourd'hui, bonsoir charmant un jeudi par exemple, les prunelles qui vibrent de toute façon. Sur un papier j'ai marqué " tu as
certainement le plus beau sourire de l'avenue depuis qu'elle a été goudronnée, appelle-moi" et je ne lui ai jamais tendu. Parce que l'on ne tend rien à celui ou celle que l'on croise. On peut
juste faire briller un peu le morne pour qu'il devienne un éclat. Les vitesse cumulées font le temps de contact pauvre en fantaisies. Celle qui me vient le plus souvent à l'idée, vers dix-huit
heure deux, quand je découvre son pas à 80 mètres, c'est qu' aujourd'hui, en couronnement, nous allons nous plaquer contre le mur blanc-vert du 375 et qu'en se serrant très fort je vais lui dire
"je t'aime comme un manège". Elle me dira "je sais". J'irai à l'ouvrage plein de ses savoirs, elle s'éloignera plus encore du sien pleine de je n'en sais rien. L'avenue n'a pas de
sens unique pour les piétons.